Inventaire Numérique

INSTRUMENTARIUM DE PUIVERT

2014 – 2016

A Propos

Parmi les 8 représentations instrumentales figurant dans la salle des musiciens, 7 sont parfaitement identifiables, mais celle du psaltérion suscite de nombreuses questions quant à sa forme atypique suggérant que sa représentation puisses être symbolique ou le fruit d’une mauvaise interprétation/réalisation du sculpteur.

Afin de répondre à ces différentes interrogations, et en continuité des travaux de reconstitution menés dans les années 90 par le luthier Jean-Claude Condy, une étude approfondie sera consacrée à cet instrument énigmatique. Cette étude utilisera les nouvelles technologies et les moyens actuels afin identifier dans l’inventaire numérique d’autres représentations analogues qui pourraient confirmer l’éventuelle existence d’instruments similaires dans l’iconographie médiévale.

Cette étude sera complétée par des expérimentations archéologiques et des reconstitutions visant à vérifier la faisabilité de la réalisation de l’instrument sur le terrain artisanal en fonction des moyens et des techniques du XIIIème siècle, ainsi que sa fonctionnalité sur le terrain musical.

Comme pour la plupart des missions du PRIAE, une reconstitution des instruments et une exposition virtuelle seront mises en place en 2023/2024.

Hypothèse 1 : représentation erronée

Il est vrai que dans l’iconographie médiévale, les exemples d’erreurs abondent dans les représentations. Les contraintes qu’impose le support des œuvres (papier/pierre/verre/etc.) ainsi que les techniques employées (picturale/sculpturale/etc.) peuvent conduire les artistes/artisans à appliquer certaines modifications et adaptations, entrainant des différences de proportions, de perspectives et parfois de couleurs par rapport au sujet dont il s’inspirent. Il convient également de souligner que ces représentations sont réalisées de mémoire ou d’après des descriptions, ce qui peut entraîner des erreurs. Vraisemblablement, les artistes/artisans qui les exécutes ne sont pas forcément musiciens ni luthiers et peuvent donc omettre ou changer certains détails qui leur auraient paru sans importance. En outre, certains motifs se transmettre certainement de maître à apprenti, générant ainsi des copies de copies dont la précision peut être altérée ou obscurcie par des motifs servant davantage un dessin ornemental, qu’un reflet objectif de la chose qu’il évoque (volontairement ou non).

En considérant cette représentation en contexte, faisant parti d’un ensemble sculptural, et en s’intéressant aux autres représentations, on observe que, exception faite du chapiteau du psaltérion, chaque sculpture est parfaitement reconnaissable et présente des proportions et des détails assez fidèles à la réalité. Aussi, bien que sa forme soit étrange, il semble curieux qu’il puisse en être autrement pour le chapiteau du psaltérion. Nous avons également exploré la piste d’un éventuel atelier de sculpture différent des sept autres, mais les données indiquent que l’ensemble sculptural a été entièrement réalisé par un atelier de Mirepoix. La facture même de l’ouvrage et la proximité de style observable sur les huit chapiteaux suggèrent qu’ils ont été réalisés par la même main.

Hypothèse 2 : représentation symbolique

Il est vrai que la dimension symbolique représente un pan important de l’iconographie médiévale, car elle permet de transmettre des messages et des significations profondes de manière indirecte, à travers des images et des symboles. Cependant, il est important de souligner que la symbolique repose toujours sur une réalité qui peut être modifiée, altérée ou enrichie dans le sens voulu par l’auteur. Aucune symbolique n’est complètement originale, car c’est le lien intrinsèque qui la relie à la réalité qui en fait une symbolique, sorte de métaphore référentielle d’une réalité qui parle à tout le monde et dans laquelle tout le monde peut se reconnaître. (bien sure, ceci et relatif d’une période à une autre)

En conclusion, la symbolique joue un rôle important dans l’iconographie médiévale, mais elle ne peut être comprise pleinement et de manière authentique sans tenir compte de la réalité à laquelle elle se rattache. Une symbolique purement originale et libre, qui n’a de sens que pour son auteur ou qui n’a aucun sens du tout, ne peut pas remplir sa véritable fonction.

Aussi, la réponse « Symbolique » semble satisfaisante, seulement si on peut tout à la fois identifier son sens ainsi que la réalité dont elle s’inspire. Analysé individuellement ou dans son contexte d’ensemble, aucun propos symbolique ne semble transparaitre de façon évidente, et sa forme ne semble se référer à aucune réalité connue. (à ce jour)

Hypothèse 3 : représentation d’un instrument réel mais inconnu

L’iconographique médiévale est abondante, beaucoup reste encore à découvrir et parmi ce qui est connu, bien peu était inscrit dans des registres numériques consultables dans les années 90, lorsque la première équipe s’est penchée sur cette représentation. A l’époque, il n’était pas possible de rassembler les données et de mener une étude comparative approfondie de l’iconographie médiévale pour trouver d’autres représentations semblables à celle de Puivert, qui était alors la seule connue de ce type. Cela a conduit aux conclusions précédemment émises selon lesquelles il s’agissait soit d’une représentation symbolique, soit d’une représentation erronée.

Cependant, plusieurs éléments semblaient contredire ces deux hypothèses. En effet, comme expliqué dans les arguments des hypothèses 1 et 2, la représentation erronée ne semble pas pertinente lorsque l’on considère le reste de l’ensemble, qui est parfaitement exécuté. Par ailleurs, l’hypothèse symbolique ne repose sur aucun élément concret ni sur aucune réalité, réalité (symbolique ou non) qui ne peut être inexistante et qui doit donc se trouver ailleurs. C’est pourquoi nous avons décidé de poursuivre nos recherches et de les approfondir, convaincus de trouver quelque chose de nouveau.

Grâce aux bases de données numériques qui n’existaient pas dans les années 90, nous avons pu trouver deux autres représentations semblables (voir ci-contre).
Distantes de plusieurs milliers de kilomètre ne laissant et contemporaine du chapiteau du psaltérion de Puivert, ces représentation ne laisse aucune place au hasard et confirme l’hypothèse 3 selon laquelle il s’agissait d’un instrument réel, mais jusqu’alors inconnu.
Une mention dans un texte vient enrichir ces témoignages avec l’appuie de Gisèle Clément – enseignante-chercheuse à l’université Paul Valéry Montpellier III.
On lit dans le Traité du Chant du cœur de Jean Gerson (XVe siècle, édition chez Droz en 2005 par Isabelle Fabre) :

«Le psaltérion et la cithare se rapprochent parce qu’ils recouvrent la poitrine et ont la forme d’un cœur, à l’image d’un bouclier ; […] Et de la même manière, je te le demande, n’apprenons-nous pas dans tous les chants instrumentaux à élever nos cœurs vers le Seigneur ?»

Cette remarque de Gerson est vraisemblablement inspirée d’Isidore de Séville, Étymologies, III, 22, 2 et du Pseudo-Jérôme, Epistola ad Dardanum (Patrologia Latina, t. 30, 213- 215) qui mentionne d’ailleurs le cas d’un psalterium ayant la forme d’un bouclier ou d’un écu.

Banquet d’Assuerus Manuscrit 281 Bibliothèque Royale Belgique

Fresque d’un ange musicien XIIIème – couvent des Jacobins de Toulouse

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